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Youssef Souli est un « chasseur de têtes ». Ses clients, qu’il n’a pas
le droit de citer, clause de confidentialité oblige, sont des
multinationales qui s’implantent au Maghreb, mais aussi des grands
groupes locaux, qui recherchent des « profils rares », des compétences
pointues, pour développer leurs marchés. Sa méthode se nomme :
l’approche directe. Les candidats qu’il identifie et contacte, grâce à
son carnet d’adresses, peuvent être basés n’importe où, pas forcément
en Tunisie. En langage footballistique, on dirait qu’il organise des
transferts. Le Maghreb n’échappe pas à la tendance mondiale : les
cadres deviennent de plus en plus mobiles. Entretien avec le directeur
général du cabinet WorkoSolutions, basé à Tunis et dédié au recrutement
de cadres et de dirigeants en Afrique du Nord.
Jeune Afrique : Les firmes investissant dans les technologies de
l’information (TI) se plaignent souvent de la difficulté qu’elles
éprouvent à recruter des ingénieurs. Pourtant, la Tunisie forme
beaucoup de diplômés en informatique, dont chacun reconnaît la valeur.
D’où vient le problème ?
Youssef Souli : Il faut distinguer deux phénomènes. D’abord - c’est
vrai dans tous les pays du monde -, la demande est supérieure à
l’offre, car les TI sont en plein essor. Ensuite, s’agissant de la
Tunisie, c’est vrai que les ingénieurs en développement sont très bons
et très demandés. L’existence de ce vivier relativement bon marché
incite les entreprises étrangères à s’implanter. Mais au bout de deux
ou trois ans d’expérience réussie, nos ingénieurs regardent vers
l’international pour donner un coup d’accélérateur à leur carrière, car
on leur offrira de meilleures conditions matérielles. Et souvent ils se
laissent débaucher, d’où un taux de turn-over assez élevé au sein des
entreprises. Le marché du travail s’est mondialisé…
Quels sont les autres secteurs porteurs, ceux pour lesquels vous recevez le plus de demandes ?
La santé. Les firmes tablent sur une forte croissance des ventes de
matériel médical et pharmaceutique au Maghreb, et en Afrique noire
francophone, car les gouvernements, qui mettent progressivement en
place des systèmes d’assurance-maladie, équipent les hôpitaux en
matériel lourd, type scanners ou IRM (imagerie par résonance
magnétique). À cela s’ajoutent les cliniques privées, dont l’activité,
en Tunisie, est dopée par le tourisme médical. Beaucoup d’entreprises
ouvrent désormais des bureaux de liaison, des représentations
commerciales, afin de développer le marché maghrébin. L’effervescence
touche aussi l’hôtellerie, des hôtels pharaoniques sont en construction
en Libye ; l’Algérie, qui accuse un déficit en matière d’hébergement,
s’équipe, les profils des managers tunisiens et marocains sont très
demandés en ce moment.
Justement, quelles sont les compétences les plus recherchées, et pourquoi ?
Les sociétés, qu’elles soient locales ou étrangères, raisonnent
global : elles veulent des compétences aptes à communiquer dans les
trois langues d’affaires que sont l’arabe, le français et l’anglais, et
qui ont une expérience internationale. La Tunisie est un petit marché,
arrivé à maturité dans nombre de secteurs. Les entreprises tunisiennes
sont dans l’obligation de s’attaquer aux marchés du Maghreb et de
l’Afrique noire francophone, d’y décrocher des contrats, pour assurer
leur croissance. Les sociétés étrangères investissent en Tunisie, car
il y existe des opportunités, mais également parce que ce pays va leur
servir de plate-forme maghrébine, voire africaine. Les recruteurs vont
s’arracher à prix d’or un profil polyglotte et ayant une bonne
connaissance des marchés voisins et africains.
De plus en plus de Tunisiens rêvent de s’expatrier à Dubaï ou
aux Émirats, où les salaires sont mirobolants et les opportunités
nombreuses…
On note une vraie euphorie pour le Moyen-Orient. Les Émiratis mènent
une campagne marketing très réussie, et, dans l’esprit des diplômés,
Dubaï a un peu pris la place qu’occupait le Canada il y a une dizaine
d’années : celle d’un eldorado. Attention aux mauvaises surprises !
Gagner 3 000 à 4 000 dollars aux Émirats peut s’avérer moins
intéressant que 1 500 à 2 000 dinars en Tunisie, car on vivra loin de
sa famille, on peut perdre des avantages en termes de couverture
sociale, et le coût de la vie est beaucoup plus élevé. Mais si on part
dans de bonnes conditions, tout le monde y gagne : l’individu et le
pays, car l’expatrié pourra servir de pont entre la Tunisie et les
Émirats, et alerter, grâce à sa connaissance du marché, les entreprises
tunisiennes sur les opportunités existantes. |